Présentation

Recherche

Rencontre avec...

Mercredi 17 août 2011 3 17 /08 /Août /2011 14:57

 

Dialogue sur le port

 

 Dominique Rousseau 1

Tu as réalisé très tôt, en 1970 à Tunis, ta première exposition, et c'étaient des dessins. Cette pratique du dessin était-elle spontanée pour toi ou bien avais-tu suivi une formation artistique ?

Oui, totalement spontanée, mais bien sûr nourrie par mes découvertes : les temples d'Angkor, les antiquaires de Saïgon où j'accompagnais mon père, les calligraphes chinois, la forêt et les rivages tropicaux, la danse des masques des villages, les peuples et les animaux des savanes, les stucs de la Médina et les tapis berbères... Tellement de choses ! Et aussi, vers 15 ou 16 ans le surréalisme, les dessins de Tanguy par exemple, j'ai commencé à remplir mes cahiers d'une espèce d'écriture automatique, de formes organiques proliférantes. J'ai exposé cela à 17 ans dans une galerie de Tunis, la galerie de Juliette Nahoum qui exposait tous les peintres de l'École de Tunis. J'étais allé la voir avec mon carton sous le bras, et tout mon enthousiasme qu'elle avait partagé. 

 


Le dessin nourrit-il encore la démarche de l'artiste que tu es aujourd'hui ?

 


Le dessin est toujours là, lorsque je fais un projet, pour noter une idée, une composition, relever une ombre, suivre le mouvement d'une branche... mais il a surtout pris la forme de l'empreinte, de la trace, le dessin qui se révèle par contact, la ligne du chemin creux.

 


Ensuite, tu as fait des études d'architecture. Qu'est-ce qui t'avait attiré par là ?

 


Au collège, en Côte-d'Ivoire, j'ai eu un prof de dessin, c'était un peintre d'inspiration surréaliste qui, en voyant mes dessins, m'avait dit : « Les Beaux-Arts, c'est à Paris... » Ensuite, à Tunis, j'arpentais beaucoup la Médina, et le père d'un ami, architecte, travaillait à l'association de sauvegarde, ça m'intéressait. C'est ainsi que j'ai atterri en Archi à Paris.


 À quelle étape de ta démarche artistique as-tu commencé la gravure ?

 


J'ai travaillé une dizaine d'années en tant qu'architecte en Algérie et en Côte-d'Ivoire, surtout dans le patrimoine. Je n'ai jamais arrêté le dessin. À mon retour en France je n'ai gardé que les arts plastiques et j'ai été reçu auconcours de l'agrégation. Il y a environ vingt ans, j'ai commencé la gravure, qui convenait bien à mes recherches, la ligne, le geste, la prolifération, et puis l'empreinte est venue, et ensuite le travail du papier, de la fibre, de Liane 1 (détail)la matière.

 


Y a t-il des expériences artistiques qui t'aient particulièrement marqué ou influencé ?

 


Les expériences artistiques sont nombreuses, elles m'ont été données avant tout par mon enfance nomade - mes parents étaient coopérants – qui m'a permis d'être très tôt « dépaysé » ou « déprogrammé » ! Cela m'a mis en présence de cultures, de modes de vie, de paysages, de sensations diverses. Cet état d'étranger, puis le développement de facultés d'adaptation, cette mise hors de soi, au dehors, cette fréquentation d'autres modes d'appréhension du monde est fondamentale pour moi, elle nourrit mon travail artistique, elle est centrale. C'est ce qui s'exprime là. Une seconde peau.


Cette volonté d'ouverture évoque Victor Segalen, un écrivain qui a intéressé Kenneth White.

Dans ce que tu dis de tes découvertes et de tes expériences artistiques, Angkor, les antiquaires de Saïgon, la Médina, les masques des villages africains ou les rivages tropicaux, ce qui frappe est que tu les fais in situ, sur le vif, et qu'elles mêlent des domaines artistiques très divers, associés à la vie des populations. Avec toi, l'artiste est dans le monde physique.

 

Oui, le monde physique, le réel. Il n'y a pas besoin d'imaginer autre chose, le réel est suffisamment merveilleux...

 

Parle-nous aussi de tes rencontres.  


Une rencontre qui compte beaucoup pour moi est celle de Frans Krajcberg. Je suis allé le voir à Nova Viçosa en 2003, j'avais entendu parler au Brésil de cet artiste qui dénonce la destruction de la forêt. J'ai été impressionné par la force de son œuvre. J'ai appris alors qu'il avait un atelier à Paris. En 2006, il m'a invité et je suis allé travailler là-bas. J'y ai commencé la série Mata Atlantica. Très belle expérience, des moments intenses. Nous nous revoyons avec plaisir dès qu'il vient en France. J'ai beaucoup appris de cet homme, son œuvre questionne notre relation au monde, l'impasse actuelle, une œuvre révoltée et incandescente. Il est à la fois habité par cet émerveillement face aux beautés de notre planète et hanté par l'aveugle destruction.La traversée des cauris (détail 1)

Hier, je relisais Approche du monde blanc de Kenneth White, le livre que tu as amené à l'exposition, où il cite Georges Bataille : « La réalité incandescente du sein maternel de la terre ne peut être atteinte ni possédée par ceux qui n'en prennent pas conscience. C'est cette incapacité à reconnaître la terre, ce dédain où ils tiennent l'étoile sur laquelle ils vivent, l'ignorance de la nature de ses richesses, c'est à dire de l'incandescence que cette étoile renferme en elle, qui a mis l'existence de l'homme à la merci des marchandises qu'il produit et dont la plus grande partie est consacrée à la mort. » Tout est dit là.

 

Tu as aussi beaucoup voyagé dans ta vie adulte. Quelle importance accordes-tu à ce motif du voyage dans ton œuvre ?

 

Le motif du voyage est en effet très présent, mais il peut être immobile ! Il y a le déplacement dans l'espace, mais aussi un déplacement hors de soi, une décentration, afin d'augmenter et de renouveler les sensations, la présence au monde. On peut voyager dans les plis d'une roche, les lignes de croissance d'un arbre, la courbe d'une algue...

 

Comment s'est faite te rencontre avec le matériau du papier que tu travailles aujourd'hui ? Que représente-t-il pour toi ?

 

Le papier a toujours été mon support. Il était naturel que j'en vienne à le travailler en tant que fibre, pâte, avec toute les possibilités plastiques de l'inclusion, de mélange avec des pigments, des écorces, de la mise en espace... La feuille n'est plus un support désormais, mais un objet, une matière, un relief, une enveloppe, un plissement, un déploiement. Le papier est une peau, elle vibre, c'est une interface, un écran qui permet projection, révélation, incrustation. Travailler le papier, c'est être dans une sédimentation légère et fluide, c'est parcourir un territoire.

 

Comment naît une de tes œuvres ? J'entends par là la fabrication matérielle, bien sûr, mais aussi et surtout la démarche : prends-tu des empreintes au hasard ou à partir d'un projet précis, composes-tu chaque toile ou crées-tu au fur à mesure de façon intuitive directement dans la matière qui est à ta disposition ?

 

Je n'ai pas de règles, d'ordre bien précis dans les étapes du travail. Je travaille par série, période, cycle. Il y a un temps du dehors, de l'in situ où j'effectue empreintes, moulages, collectes, où je cherche expériences, rencontres, sensations, et un temps de l'atelier où je réalise papiers et impressions, où je recompose, réorganise. Quelle est la part du hasard ? Est-ce que je prends des empreintes, ou est-ce que ce sont des empreintes qui me prennent ? J'impulse un geste, j'accueille en retour les suggestions de la matière.

 

Comment t'est venue l'idée de montrer tes « papiers » à Kenneth White, démarche qui va inaugurer une collaboration féconde ?

 

Côte des baleines(détail)Une anecdote. Ça devait être en 83, je travaillais à Djelfa, en Algérie, un endroit bien rude des hauts plateaux où l'on pouvait voir vent de sable et tempête de neige dans la même journée ! Des paysages magnifiques, mais sur un certain plan culturel, un désert. Il y avait toutefois un libraire mozabite qui, de temps en temps, recevait un arrivage de livres d'Alger... C'est là, que de manière tout à fait improbable j'ai acquis Terre de diamant, mon premier livre de Kenneth White !

Depuis, je suis devenu un fervent lecteur, avec cette sensation de chemins parallèles, d'une pensée proche de mes propres intuitions. C'est pourquoi lorsqu'en 2005 j'ai eu un projet de publication pour une exposition au Museum d'Histoire naturelle d'Angers, je lui ai demandé d'écrire la préface. Ce qu'il a accepté tout de suite qualifiant mes papiers de géopoétiques. Depuis, nous travaillons ensemble à la réalisation de livres d'artistes.

 

Dans votre travail commun, il ne s'est donc pas agi d'une illustration de poèmes, n'est-ce pas ?

Non, en effet. De manière générale on parle de livres illustrés, l'image illustrant le texte. Mais nous ne travaillons pas comme cela. Pour donner une idée, on pourrait parler de gestes. Il y a le geste de Kenneth et le mien, les deux se rejoignent, jouent ensemble. Je lui fournis un support, un territoire, dans lequel il va pouvoir cheminer, insérer ses propres images, les faire résonner avec les miennes.

Dans son texte Rencontre dans le grand paysage qu'il a écrit pour l'exposition de nos livres à la Médiathèque Toussaint d'Angers, Kenneth emploie le terme de connivence...

Je lui ai apporté, il y a maintenant deux ans, un port folio, un beau format 40 x 60 cm. Il vit avec, je l'imagine dansant parfois autour tel un chaman ! À notre dernière rencontre, il m'a dit, une étincelle dans le regard : « Ça y est, je sais ce que je vais écrire ! », sans plus de précisions... Il y a ensuite pour lui le travail de l'écriture manuscrite, une vraie prise de risque.


Kenneth White parle de « géographie de l'esprit » pour décrire votre entreprise commune, reprendrais-tu cette expression ? Quel sens lui donnes-tu ?


Oui, géographie de l'esprit, ça me va. Une autre de ses expressions est paysage mental. Son paysage à lui est globalement plus au Nord, et le mien plus au Sud, mais nous nous rencontrons dans d'infinis paysages ! Il s'agit encore une fois, fondamentalement, de relation à la Terre, de cultiver cette sensation, de questionner ce lien...

C'est ce que Kenneth White nomme la géopoétique. Cela se traduit dans mon travail artistique par cette thématique de la peau, de l'interface, de l'impression, de la trace, de la fluidité, de la matière, de cette recherche du contact, de la sensation d'être au monde, et d'en jouir bien sûr...


Si tu peux en parler, as-tu des projets pour les prochains mois ou années ?

Le travail continue...

Merci Dominique.

(16 août 2011)

   L'exposition Gondwana ou  La prose du monde se poursuit à l'Espace Port de Paisance, jusqu'à dimanche 21 août. Voir l'album photos :  Gondwana-ou-la-prose-du-monde Gondwana-ou-la-prose-du-monde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Nema Revi - Publié dans : Rencontre avec...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 10:59

Supplément à Mag 2, du 1er juin au 07 juin 2010

 

  Rencontre avec Monique Boulant

   Monique Boulant, graveur, a reçu IBANT à l'occasion de l'exposition APPARENCES qu'elle présente dans les locaux de l'association, 10 avenue du Logui à Pornichet, du 5 juin au 13 juin 2010.

1 Enduire w1

 

Bonjour Monique et merci de nous accueillir. Vous êtes graveur, vous avez déjà exposé dans la région autour de Saint-Nazaire et vous préparez une nouvelle exposition, Apparences, avec IBANT du 5 au 13 juin 2010. Pouvez-vous retracer votre formation d'artiste et nous dire comment vous êtes venue à la gravure ?


- Je suis diplômée de l'Ecole des Beaux-Arts de Lille dont j'ai suivi les cours pendant quatre ans et diplômée de l'Ecole Martenot1 à Paris où j'ai étudié durant cinq ans. Je suis les cours de l'EMAP2 à Saint-Nazaire, section Gravure depuis 6 ans.
A l'Ecole des Beaux- Arts, j'avais eu l'occasion de suivre des cours de gravure pendant un an. Le choix de ma spécialité : "Décoration plane" ne comportait pas cette discipline. Je m'étais dit que, si un jour l'occasion se présentait, je ferais de la gravure. ce fut le cas, bien des années après, à L'EMAP de Saint Nazaire. Je m'y suis inscrite, je ne regrette pas mon choix, j'apprends toujours avec beaucoup de plaisir. C'est Mathilde SEGUIN qui nous enseigne. Je vais également à l'atelier de Béa NEVOUX à Pipriac chaque mois.


Y a-t-il des artistes dont l'œuvre vous a marquée voire influencée ?


  • - J'ai suivi beaucoup de cours d'Histoire de l'Art, bien sûr, je me suis construite artistiquement avec les œuvres des plus grands et d'autres aussi. Mais, par exemple, récemment je faisais intervenir un travail au pochoir, je pensais à ces hommes des cavernes qui avaient tout compris des reliefs, de l'esprit, de la force des animaux, je vivais en osmose avec eux dans leurs grottes, avec leur peur, au moment de la préhistoire. C'est un peu comme ça que je fonctionne, selon mon travail en cours. Tous ces artistes ont apporté quelque chose au monde, ceux qui sont restés le sont, je crois, parce qu'ils ont été sincères avant tout.

En gravure, on connaît les grands anciens, alors pour citer quelques contemporains je dirai Richard DAVIES et Thierry LE SAEC, entres autres.



Certaines de vos gravures présentent des silhouettes de personnages ou d'objets, peut-on cependant parler d'une tentation d'aller vers le non-figuratif dans votre recherche ?


-Tout dépend du sujet, oui, je me sens plus proche du non-figuratif, mais à l'occasion je peux aussi avoir besoin d'introduire des silhouettes ou des motifs traduits d'une manière réaliste, l'essentiel est d'aller vers l'interprétation, l'aléatoire, ça dépend de ce que l'on veut dire, des éléments nécessaires pour l'exprimer. Il n'y pas de règles pour moi « Faire boiter la beauté » et une phrase qui me convient.



Racontez nous comment se passe la création d'une gravure. Comment le sujet vous vient-il ? Répondez-vous à des commandes ?Arrêtez-vous d'avance les couleurs ?


  • - J'aime qu'on me propose un sujet, ça me « stimule », j'ai la chance de « voir » assez rapidement ce que je vais faire, le sujet, les couleurs, le type de gravure qui va convenir, c'est un tout... Je trouve cela aussitôt ou avec un temps de décalage. Par exemple, quand je travaille beaucoup un sujet, j'en rêve la nuit. L'imagination : une idée me vient, puis une autre, la recherche, c'est un vrai plaisir pour moi, je trouve différentes manières d'exprimer le même sujet, je peux déboucher alors sur autre chose que je mets de côté, peut être que j'irai la rechercher une autre fois ! C'est vraiment ce que j'aime faire, varier les techniques, en inventer d'autres, mixer, les puristes apprécieront... Surtout ne pas m'ennuyer !

Ce que j'aime aussi dans la fréquentation des ateliers, c'est qu'avec un même thème, chacun peut avoir fait quelque chose de différent et j'apprécie le partage qui a lieu chaque fois.



Comment avez-vous choisi les œuvres rassemblées dans la prochaine exposition, Apparences ?


  • - Je n'ai pas choisi, elles se sont enchaînées les unes aux autres, comme je l'ai expliqué plus haut. La première a entraîné la seconde et ainsi de suite. Il me semble que le sujet ne s'épuise jamais.

Au départ, j'avais envie de la COULEUR VERTE, couleur que je n'utilise que rarement. J'en avais besoin physiquement : nous étions d'ailleurs au sortir de l'hiver... C'est comme ça que tout a commencé...



Comment avez-vous été amenée à ce travail sur les haïkus qui sont associés à certaines de vos gravures ?


  •         - Justement, ce BESOIN DE VERT est venu au moment où j'ai suivi un stage d'écriture sur les haïkus et où le sujet proposé à l'EMAP était Le texte et son image. Rencontres ? pour moi, c'était clair, j'y ai vu un signe.

Ces trois circonstances conjuguées ont fait naître ce travail que je présente aujourd'hui dans l'exposition.
Les textes des haïkus m'ont entraînée vers une idée de Japon rêvé que j'ai appelé "TERRE VERTE" à cause  des rizières, puis l'imagination m'a emmenée vers des graphismes, des couleurs, fils conducteurs, raffinements sans doute, tout cela est , et a été un plaisir pour moi.



D'une façon plus générale, voyez-vous une relation entre l'esthétique du Haïku et votre travail ?


- Je serais très heureuse qu'on puisse y penser en le regardant.
Quelques haïkus font partie de certains de mes travaux d'écriture, je les ai écrits à la suite du stage dont je vous parlais, le plaisir de leur recherche est du même ordre que la recherche de mes travaux de gravures.

JE DEMANDAIS

CE QU'EST LE HAIKU

AU PAPILLON QUI PASSE...

J'ai mis ce haïku de BASHO en exergue de l'exposition.


Avez-vous des projets dont vous pourriez nous parler ?


  •  - Oui, j'ai plusieurs projets, entre autres un projet pour 2012 qui me tient à coeur : une nouvelle technique qui accompagnera un tour de chant, des mélodies françaises du XXe siècle. Tout est encore à faire... Mais, j'ai déjà ma petite idée !



Merci Monique.

 

 On peut voir sur ce blog un album de photos prises dans l'atelier de Monique Boulant par Jocelyne Y. que nous remercions vivement.


1École d'Enseignement des Arts Plastiques Ginette Martenot

2École Municipale d'Arts Plastiques.

 

Par Nema Revi - Publié dans : Rencontre avec...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 21:55

       L'artiste Christel Bruneel a reçu IBANT à l'occasion de l'exposition Nostalgie du présent  à Guérande dont nous avons rendu compte la semaine dernière.


Bonjour, et merci de nous accueillir. Vous êtes graveur et peintre, votre atelier est installé depuis deux années à Clis, dans le marais salant, près de Guérande, pouvez-vous retracer cet itinéraire ?

-J'ai suivi les cours des Beaux-Arts à Lyon et à Versailles et j'ai ensuite enseigné la gravure en Région parisienne. La gravure « en taille douce » me permet comme la peinture d'évoluer vers des techniques mixtes. J'aime aussi pratiquer l'aquatinte. La gravure est encore très présente dans mon travail de peintre. Quand je suis sur la plaque de métal ou dans mon tableau, souvent, je ne suis pas consciente de ce que je fais. C'est seulement après une « prise de connaissance » que je vois ce que je voulais faire. Je n'ai pas peur d'effectuer des changements, de détruire l'image, j'essaie de la laisser émerger. Graver ou peindre, c'est pour moi un acte qui me permet de me poser en tant qu'artiste, de montrer différents aspects de mon moi.


Actuellement, avez-vous cessé la gravure ?

-Oui, momentanément j'espère. Le matériel nécessaire n'est pas installé dans mon atelier à Clis, et la gravure exige du temps, surtout avec les couleurs. Je peux réaliser plus rapidement des tableaux peints et dans de grands formats. De plus, la peinture touche aussi un plus large public. Mais je n'ai pas abandonné la gravure, et j'utilise des fragments de gravures dans mes peintures, je ne jette rien, même pas ce qui a pu sembler « raté », tout peut resservir.


Qu'appréciez-vous dans le travail de l'aquatinte ?

-L'aquatinte est pratiquée depuis le début du XVIIe siècle. Goya, par exemple, l'a utilisée. Elle est adaptée à l'impression en couleurs. Comme la peinture, elle permet de travailler des surfaces importantes. Et puis, il y a des effets de matière possibles avec un résultat aléatoire et des zones parfois indistinctes, brouillées que j'aime voir apparaître. J'ai cessé parce qu'on manipule des produits hautement toxiques, que j'avais l'habitude d'utiliser largement, en ne prenant peut-être pas toutes les précautions nécessaires. J'ai eu une mise en garde de mon médecin, et là-dessus l'atelier où je donnais mes cours a fermé. C'est ainsi que j'ai été amenée à arrêter.


Ainsi on retrouve dans cette exposition Nostalgie du présent quelques gravures anciennes mais vous présentez essentiellement vos peintures réalisées à Clis. Peut-on parler d'une « période guérandaise » ?

-Tout à fait. Mais il y a eu une période juste avant où j'ai produit « à quatre mains », avec un photographe, beaucoup de scènes liées à l'équitation, au cheval, aux courses et aux femmes. C'est une étape qui a beaucoup compté dans ma vie personnelle et dans mon travail et qui a eu des répercussions dans mon approche actuelle de la peinture. Se servir d'une photographie que j'ai prise entraîne l'œil à devenir un zoom. C'est ce que l'on voit qui devient lieu de référence. Je suis allée aussi vers d'autres motifs, la nature, l'ombre et la lumière...


La gravure ne vous avait-elle pas déjà fait travailler « ces images qui sortent de la nuit », comme le dit l'écrivain Pascal Quignard dans son roman consacré à un graveur, Terrasse à Rome ?

-Oui, c'est la pratique de l'eau-forte, de l'aquatinte. Ça vient vers la lumière.


N'avez-vous pas inclus des images photographiques dans certains tableaux ?

-Des fragments, oui. Ce sont comme des ouvertures. J'insère la photo tel un joyau, ce qui apporte lumière et transparence. Pour moi, il n'y a plus de photo, parce que je l'ai transgressée, un peu comme quand on enfonce quelqu'un dans un lit : la figure se coule dans le support. L'instant photographique et la peinture se mélangent sans qu'on sache qui des deux crée le rêve dans la réalité.


Dans les peintures, il y a peu de personnages, à peine des silhouettes, parfois venues de photographies importées...

-En fait, personnages ou pas, ce n'est pas très important. Une tache peut faire voir un personnage. La femme que l'on imagine là, par exemple, est une ombre, une ombre avalée par la nuit. Frida Kahlo disait : « Qui pourrait croire que les taches vivent et aident à vivre ? ».


Vous évoquez aussi un équilibre, un passage entre le vide et le plein...

-J'aimerais simplifier, faire le vide, aller à l'essentiel, mais j'ai toujours été dans le fourmillement. Cela dit, je voudrais toujours que ça respire plus, c'est aussi une histoire de composition... Enfin, la plus grande de mes responsabilités, c'est ma « verticalité ».


N'est-ce pas alors le fait d'être maintenant devant les paysages qui oblitère votre vision intérieure ?

-Exactement. Aujourd'hui, je suis dans la nature... Si je fais un rêve et que je veux peindre ensuite, il est comme brouillé par ce que je vois au dehors qui le remodèle.


Une dernière question : quelle est cette musique qui accueille le visiteur sur votre site ?

-La musique est de Levon Minassian, une très belle découverte, elle résume ma vie et mon travail d'aujourd'hui.


Merci, Christel Bruneel.

 

On peut retrouver le travail de Christel Bruneel sur le site www.christelbruneel.com

 

Par Nema Revi - Publié dans : Rencontre avec...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 22:20

 

      Ce mois-ci, IBANT a rencontré l'artiste et plasticienne Véronik BEAUCE qui exposera le mois prochain à la Galerie du Rayon Vert à Nantes. Elle a su nous dire combien créer était pour elle synonyme de vivre. Sans doute est-ce pourquoi ses oeuvres ont-elles un tel pouvoir solaire et fascinant. (Pour voir l'album Veronik Beauce , cliquer )




Pouvez-vous retracer votre formation d'artiste ?


- Depuis toute petite j'étais sensibilisée à l'art. Mes parents avaient des livres d'art, des tableaux, des beaux objets et m'emmenaient souvent visiter des expositions, des musées. Ma grand-mère peignait, et nous parlions très souvent de peinture ensemble. Mes oncles créent des sculptures avec des objets récupérés,et ma mère peint, sculpte,... Mon père est historien d'art. Je sentais que mon chemin était celui de la création depuis très longtemps. Inscrite très jeune dans des ateliers artistiques avant de commencer une formation aux Beaux-Arts de Nantes après mon Bac, j'avais le désir de découvrir l'univers de l'art. J'ai poursuivi par la suite mes études à l'Université des Arts en Arts Plastiques à Rennes pour obtenir une licence puis aussitôt après un CAPES d'Arts Plastiques. Depuis ce temps, j'enseigne les Arts Plastiques dans un collège et j'expose dans des galeries. Parallèlement à ma démarche d'artiste, j'ai apprécié de travailler auprès de mes élèves. C'est toujours satisfaisant. Les deux pratiques s'enrichissent réciproquement. C'est très stimulant et ma pratique d'artiste est indispensable dans mon enseignement.


Y a-t-il des artistes dont l'œuvre vous a marquée voire influencée ?


- Oui, bien sûr. Je pense particulièrement à l'oeuvre de Pablo Picasso, celle d'Henri Matisse, à une époque plus lointaine j'admirais Paul Gauguin et les couleurs et les compositions des oeuvres d'Estève. Plus tard, ce sont les productions de Kurt Schwitters et de Robert Rauschenberg qui m'ont influencée. Mais dans l'ensemble, toutes les démarches d'artistes m'intéressent et je me nourris de tout ce que vois. Je suis d'une nature curieuse et peut-être gourmande...


Vous réalisez de façon privilégiée des tableaux de petit ou de moyen format, est-ce un choix ?


- Un choix, oui parce que je peux créer facilement dans n'importe quel endroit. Lorsque je voyage par exemple, j'apporte toujours avec moi une sélection de papiers, des supports, des crayons, de la colle et de la peinture. J'espère qu'un jour j'aurai un espace bien à moi, un atelier réservé à ma création pour me lancer dans des formats plus importants. Ces petits formats me permettent également d'en faire davantage. Je n'aime pas trop rester longtemps sur un travail. J'aime produire.


Et le fait de présenter vos toiles sans cadre est-il un choix ?


- Le cadre peut valoriser une image, mais il peut l'enfermer également. J'ai pris conscience dans mes créations de l'importance du vide, du blanc, de la respiration...


Racontez nous comment se passe la création d'un de vos tableaux.


- C'est une aventure... Je ne sais jamais comment mon tableau va évoluer. Je travaille dans le présent, dans l'instant. J'ai toujours été guidée par une belle citation de Picasso « Je ne cherche pas, je trouve »cela suppose une grande confiance et une disponibilité d'esprit. Je peux partir d'une image qui m'interpelle, je l'observe et me l'approprie, c'est le début d'une histoire qui s'invente petit à petit. Je m'entoure de papiers, de chutes de tissus, de peinture, de matières, de mots, de lettres et tous ces éléments que j'ai choisis par ce qu'ils m'intéressent vont me servir dans ma création. J'établis des liens entre quelques-uns de ces éléments et au fur à mesure que ces liens se tissent, une histoire commence, ces pièces s'organisent les unes par rapport aux autres et la production trouve une certaine cohérence puis un sens.. Ma démarche est très personnelle, car elle est très instinctive, intuitive et imaginative. Pour moi elle a du sens, mais il est possible que chaque lecteur y voit quelque chose d'autre. Je conçois ma production comme un grand livre ouvert dans lequel chacun développe sa propre lecture.



Donc, vous utilisez des matériaux très divers auxquels vous appliquez des techniques variées au fur et à mesure de l'élaboration de l'œuvre. Où trouvez-vous tous ces matériaux, ces éléments qui vont ensuite se rencontrer dans le tableau ?


- Ma pratique de collectionneuse de papiers, de tissus, est quotidienne. Chaque élément trouvé me parle, je l'ai rencontré donc je sais qu'il pourra m'être utile dans mes créations.



Quelle place accordez-vous à l'intuition ?

 

- Une énorme part, elle me guide et se mélange à ma pensée. Penser, c'est mettre ensemble, j'essaie alors de créer des liens entre les différents éléments de ma production. La composition finale doit trouver une certaine cohérence puisque je raconte très souvent une histoire. Je suis également sensible à l'esthétique du produit fini.



Et quelle place à l'imagination ?


- Très grande également. J'ai toujours aimé imaginer, pour ne pas faire comme tout le monde, je crois.

C'est un état d'esprit, une manière d'être . Dans notre société, c'est important de cultiver notre imaginaire...Peut-être aussi une envie inconsciente de se mettre à l'écart...


Il y a presque toujours des personnages dans vos tableaux, peut-on dire que ce sont les personnages des histoires dont vous nous parliez tout à l'heure ?


- Oui, des personnes que je ne connais pas, des rencontres virtuelles, des images tout simplement qui me plaisent parce qu'elles me parlent ...Elles me font penser à de vrais personnages.



Cependant ces personnages sont à peine esquissés, ce sont des ombres parfois, des silhouettes brouillées, pourquoi ?


- Ils symbolisent une présence. la présence de l'autre est essentielle. Une rencontre, un échange, une communication ne peuvent s'établir qu'à travers l'autre. On ne peut se contenter d'être seul.



Certaines œuvres sont les feuillets de carnets de voyage, est-ce une autre approche dans votre travail, davantage tournée vers le monde tel qu'il se présente à vous ?


- Le carnet de voyage, est un support différent qui se construit davantage dans le présent. Ce sont des traces laissées, des impressions, des annotations... sous forme de croquis, d'esquisses, de collages, d'écritures...

J'aime cette liberté d'agir dans l'instant, l'expression spontanée est formatrice et libératrice en même temps. Elle correspond également à un besoin immédiat de créer, un moment de pur bonheur, sans contraintes.



Que sont les « bijoux-mémoires » que vous exposez aussi ?


- C'est une autre forme d'expression. Porter un bijou, c'est montrer aux autres quelque chose que l'on aime. J'ai eu l'idée de montrer sous forme de collier, de broche des fragments d'oeuvres d'art en mémoire d'artistes. Cela correspond à une idée simple de faire circuler l'art hors des circuits conventionnels tels que les musées. Ce sont de clins d'oeil, des hommages. Je peux également porter des bijoux avec une image d'un personnage qui m'a marquée, par exemple Frida Khalo. Lorsque les gens me demandent qui est cette femme, cela me donne l'occasion de parler avec passion de cette artiste qui m'a interpellée. Ces bijoux, sont accompagnés de petits objets symboliques qui ont un lien avec la vie de la personne représentée. Ces bijoux sont textiles, j'aime ce contact avec le tissu, le fil, la matière, c'est une approche différente, mais complémentaire de mon travail de création,


Avez-vous des projets dont vous pourriez nous parler ?


- Oui, j'ai un projet proche, de monter un atelier de pratique artistique. Cet atelier, sera une espace d'exploration de techniques mixtes et variées, telles que la peinture, le collage, l'écriture, le dessin, la typographie,..., un espace d'échanges avec les participants de l'atelier et un espace de création personnelle. Mon objectif est d'aider chaque personne à développer une expression personnelle. Cet atelier sera également un lieu de rencontres d'artistes par des interventions au sein de l'atelier et par des sorties pour découvrir des expositions artistiques à proximité.

Un autre projet: je vais exposer au mois de novembre et de décembre à la galerie du Rayon Vert à Nantes dans le cadre de l'anniversaire, des 17 ans de la galerie.

J'ai toujours le projet de poursuivre mes créations personnelles (bijoux, créations textiles, carnets de voyages, peintures,...) .

Dernier projet pour l'instant: celui de participer aux journées de la manifestation: « L'art prend l'air » qui se déroulera au mois de mai 2010. J'exposerai dans l'atelier de l'association IBANT, 10 avenue du Logui, à Pornichet (44).

 

Merci Véronik Beaucé.


On peut aussi consulter le site de Véronik Beaucé http://www.veronikb.fr/

Par Nema Revi - Publié dans : Rencontre avec...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 23:22
       En mai 2009, quelques semaines après l'ouverture de l'exposition "J'ai capturé dans mes filets, que nous avons présentée dans ce blog, IBANT a rendu visite à Muriel Crochet dans son atelier de tapisserie à Angers, un lieu de création où l'on circule entre deux grands métiers à tisser et des tables où se rencontrent une foule d'objets et des morceaux et fragments aussi divers que colorés. Au fond de l'atelier, des boîtes à trésors, sur le sol, ça et là, des jonchées de pétales de fleurs. Sur les murs, des bobines en cascade, des étagères chargées de tissus, et puis, de ci, de là, des dessins, des tapisseries, des papillons extraordinaires qui s'évadent . Pour visiter l'atelier, cliquer L-atelier-de-Muriel-Crochet
      
       Licière, artiste, créateur, poète : comment décririez-vous votre démarche ?
       -
La démarche de quelqu'un qui cherche...

       Lorsque vous commencez une tapisserie, savez-vous exactement ce que vous allez faire, quels motifs, quelles couleurs vous allez utiliser ?
       - La tapisserie : un travail très construit, très technique. Tout d'abord, la maquette (c'est le projet en petit format sous forme de peinture, de collage ou croquis), puis le carton (agrandissement du dessin de la maquette au format de la tapisserie avec repères couleurs) et enfin le tissage du carton.
        Ce procédé ne laisse pas de place à l'improvisation dans la construction de la tapisserie, mais en revanche il laisse libre court à l'élaboration des couleurs qui font sans cesse référence à la maquette originale.

       Vous avez imaginé de métamorphoser les "arbres de vie" traditionnels que l'on trouvait sous des globes autrefois dans les familles de l'Ouest de la France et qui conservaient une trace des événements de la vie du couple  sous la forme de différentes reliques, médailles, rubans, lettres, menus objets... Est-ce une façon de réécrire l'histoire familiale sous forme de conte merveilleux ?
       - C'est plutôt de l'ordre de la continuité. L'histoire familiale est présente. Quand je commence à intervenir dans le globe, parfois tout tombe en poussière et avec ce qu'il en reste je poursuis ou j'invente une autre histoire. 

       Pourriez-vous citer cinq matériaux différents que vous pouvez utiliser pour créer un de vos insectes ou un "arbre de vie" ?
       - Les matériaux : fils de toutes sortes, fragments de tissu, fleur de cire, médailles, fleurs-miroirs, rhodoïd, fils d'or, pétales de fleur, le tout assemblé, brodé, détissé.

       Dans votre atelier, on voit plusieurs tapisseries avec le motif d'une maison, est-ce un motif important pour vous ?
       - La maison comme motif récurrent. Le lieu où se jouent les drames de famille... les secrets de famille derrière les façades impénétrables.
       Alors je me suis inventé une enfance dans une jolie maison avec de beaux papiers-peints. C'est aussi un hommage à H. Matisse, au titre d'une de ses dernières toiles, Le Silence habité des maisons.

       Et puis, de ces maisons, des fils s'échappent, s'évadent sur les murs, où vont-ils ?
      
- Les tapisseries s'ouvrent et laissent échapper le fil. Quelque chose se libère, ouf !

     Avec l'exposition au Muséum, on entre dans la maison. Là, c'est un labyrinthe avec le jeu de la pelote de fil rouge dévidée et d'improbables rencontres avec des êtres merveilleux comme on en trouve dans les contes. Cette exposition est-elle un territoire d'enfance pour vous ?

      
- Au Muséum, on pénètre dans la grande maison endormie... Je la réveille avec mon fil rouge. Un territoire d'enfance, bien sûr, l'envie de renouer avec le jeu et de conjurer les peurs.

       Comment est né ce projet d'une exposition de votre travail au Muséum des Sciences naturelles ?
       - Ce projet est né de l'envie d'exposer mes insectes en regard des collections d'entomologie du Musée. Puis de raconter une histoire. thérèse Bonnétat s'est jointe à moi pour réaliser cette exposition.

       Pouvez-vous préciser les relations que que vous établissez entre votre travail et les collections du Musée ?
       -
Créer des correspondances : porter le regard au plus près du minuscule, retrouver la pensée des naturalistes du XIXeme siècle, se pencher sur l'étude, la nomination, la classification. Inviter à prendre le temps, à décaler le regard pour mieux voir...

       Qu'avez-vous capturé dans vos filets ?
      
- J'ai capturé dans mes filets de l'air, du temps, de rouges pensées...

       En parcourant l'exposition, on ressent, en tant que visiteur, une grande liberté, inhabituelle dans un musée mais aussi dans bien des expositions, avez-vous aussi ce sentiment ?
      
- Ça me fait plaisir que le visiteur ressente cela. L'exposition est une invitation à partager des sentiments communs.

       D'où viennent les mots écrits au fil rouge sur les murs ?
      
- Les mots sont ceux de Thérèse, écrits pour le lieu. On retrouve l'intégralité du texte dans le livret. Je les ai empruntés et fixés au mur. Ils sont là comme une proposition que l'on peut saisir.

       Ce n'est pas la première fois que vous utilisez des mots dans vos oeuvres, mais ici, ils forment des phrases : celles de l'écrivain Thérèse Bonnétat. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
       -
Thérèse a écrit de son côté en s'inspirant du lieu, des collections et de mon travail. Nous avions l'idée de créer une correspondance entre texte et textile. Mais comment procéder ? Quelle forme cela peut-il prendre ? Comment exposer un texte ? Je me suis emparée de ses mots avec mon fil rouge à hauteur d'enfant.

       Dans le livret de l'exposition, vous dites : "
les écrits avec mon tricotin ont pris corps sur les murs du Musée". Y a-t-il pour vous une matérialité, une présence physique du mot tissé par vos mains avec le fil de laine qui capturerait en quelque sorte la réalité, le référent, mieux que le mot abstrait ?
      
- J'ai eu une sensation incroyable en "écrivant" les mots au mur. Ils ont pris corps véritablement, physiquement, esthétiquement à bonne hauteur, bonne intensité. Le rouge m'a "pété" à la figure ! J'ai ressenti quelque chose de juste, d'évident, de vivant ! On y est !

       Le mot "texte" est de la  famille du mot "tissu" ; vous sentez-vous écrivain lorsque vous créez des tapisseries ?
       -
Je suis maçon quand je tisse, pas écrivain. Je construis des murs.

       Pourrait-on dire, cependant, que vous racontez avec des images, des motifs ?
      
- Ce que je raconte ? Sans doute les murs de l'enfance blessée...

       Les créatures que vous créez sont des êtres fragiles, minuscules dans la nature, éphémères, ce sont aussi des créatures de l'air ou de la suspension, par  quoi êtes-vous attirée chez elles ?
      
- Je crois que c'est un parti pris timide et que j'ai peur d'en faire trop ! Alors ces "créatures de l'air" peuvent s'envoler, s'échapper !
       Je ressens souvent dans ma vie l'envie de m'échapper des situations...
       Je chasse mes vieux démons.


       La maison, le jardin, ses fleurs, ses insectes métamorphosés comme dans un conte. En seriez-vous la fée ?
      
- Je m'entoure des choses que je collecte, que je ramasse... Elles me nourrissent, me rassurent, m'inspirent.

       Ce n'est pas dit dans l'article du blog qui présente l'exposition, mais dans l'atelier et au Musée,  on peut aussi penser à Jérôme Bosch et au Jardin des Délices. Votre atelier, c'est un peu  le monde au premier matin de la Création. Pensez-vous, comme l'architecte Paul Andreux, que l'art "complète le monde" ?
       - "
L'art complète le monde"... Je fais un travail au bord du monde... Je pose ma pelote au bord, au bord des larmes, du fou-rire, une pelote de mots qui accroche sur son fil tous ces moments de tumulte et de fragilités...

      
Merci Muriel.

   On peut visiter le site de Muriel Crochet : www.muriel-crochet.com


Par Nema Revi - Publié dans : Rencontre avec...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés