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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 12:30

Chapelle Sainte-Anne de Pornichet

du 29 octobre au 1er novembre 2011 (9h-19h, Entrée libre)

L'exposition Remous installée à la Chapelle Sainte-Anne de Pornichet présente une rétrospective des ensembles photographiques réalisées par Hélène Benzacar, des années 2000 jusqu'en 2011.

Le travail photographique de l'artiste Hélène Benzacar s'impose comme une œuvre singulière autant que nécessaire.

Il est d'abord – d'emblée – d'une époustouflante beauté. Et l'on pourrait s'arrêter là, à cette sidération de l'œil. Mais ce serait trahir cette artiste dont la démarche s'accompagne d'une réflexion exigeante. Les productions, régulières, sont peu nombreuses et s'inscrivent dans la cohérence de cette recherche. Deux caractéristiques les signalent :

BENZACAR-06.jpgElles ne se présentent jamais isolées mais à l'intérieur de séries ou d'ensembles : À l'intérieur du loup(2001), Forêt 2 (2004), Fleuve (2009), Remous (2010-2011).

Aucune de ces photographies ne prétend être la saisie d'une scène ou d'un fragment de la réalité. Ce sont des fictions.

 

Histoires de loup

Ces ensembles d'images forment des polyptyques photographiquesc'est à dire des ensembles de photographies mises en scène dans un espace donné, associant objets et images dans un tout articulé.1. L'installation d'une série photographique met en jeu un ensemble d'éléments entre lesquels s'établissent des relations. L'œil du spectateur est confronté à l'espace vide qui sépare les photographies et au va-et-vient qui noue des liens de l'une à l'autre.

La dimension fictive de la scène photographiée est manifeste pour les séries qui présentent des animaux, tout particulièrement le loup, personnage récurrent, ainsi dans A l'intérieur du loup,Forêt ou, tout dernièrement, Fleuve et Remous. Dans ces deux premiers ensembles, on voit des scènes de rencontre entre un enfant, ou des enfants, et un loup, ou plusieurs loups. Mais s'agit-il bien de rencontre ? La scène est improbable, d'emblée interprétée comme une fiction et comme une scène de composition : la bête a été placée , ce n'est pas un vrai loup – c'est à dire un loup vivant qui serait, lui, sur le même plan que l'enfant -, c'est un animal naturalisé. La scène a été reconstituée. C'est une illusion photographique.

Dans l'espace de l'installation, se trouve marqué un espacement entre les images qui ouvre une dimension narrative, il fonctionne comme un appel à tisser une trame d'une photographie à une autre et insiste en même temps sur le caractère parcellaire de chacune.

 

Le loup de dos

Le loup des images photographiques d'Hélène Benzacar est vu de dos par le spectateur de l'exposition auquel il se dérobe ou du moins montre son indifférence. Une telle constance est remarquable : la Copie-de-009-copie-1.jpgprésence de ce loup refuse d'emblée toute prise à une interprétation psychologique alors qu'un face à face l'attirerait immanquablement dans le cercle de la communication et de l'expressivité. Aucune des images n'est le portrait d'un loup particulier, la présentation de dos interdit de faire du loup un personnage individué. Le loup de dos impose une présence sans effet de représentation. Énigmatique, le loup exerce alors une attraction plus grande sur le regard du spectateur et la scène photographiée prend tout son mystère

Vu de dos, le loup n'apparaît pas immobilisé par et sur l'image photographique, plutôt suspendu dans son mouvement que l'exposition au sein du polyptyque remet en jeu. Cette suspension et l'impossibilité de voir l'expression de sa face rendent incertain le sens de sa posture. Cette indétermination du mouvement fait de l'animal un frontalier, un nomade. Il rode en lisière de forêt, aux abord d'une ville, sur la rive d'un fleuve. Le spectateur peut alors imaginer l'histoire dont il surprend là une ou plusieurs scènes énigmatiques. Il est tentant ainsi de voir en lui, l'être des passages, la figure d'un passeur. Ne paraît-il pas accompagner Charron dont la silhouette noire transite au bord du fleuve ? - Charron, celui qui va et vient entre deux bords, entre deux mondes, entre l'empire des Morts et le règne des Vivants -.

Qu'en est-il alors du loup de dos ?

« Ce loup accompagne ma vie. Car au delà de l'objet, j'ai constitué une série de photos : le loup y est vu en toutes sortes de lieux, et de postures, objet errant, nomade. Ces mises en situation du loup présentent une ombre au bord de la disparition parfois et pourtant encore là. Le loup est un objet fluide qui passe par toutes sortes d'états. L'animal, souvent assimilé aux dieux du trépas prend la forme du vêtement d'HadèsCopie-de-02_007.jpg fait d'une peau de loup. La photographie est faite de cette même peau, une surface qui désigne l'absence. »2, écrit Hélène Benzacar. La peau du loup est à la fois un signifiant et un opérateur, un voile et une voie détournée, déguisée, pour faire apparaître l'absence. La photographie a toujours partie liée avec une disparition. Mais, il n'y a là qu'un effet de loup. Le loup de dos est un leurre. Sa posture contribue à créer ce leurre. Elle est en quelque sorte une im-posture? Ces scènes improbables n'auront jamais eu lieu que sur l'image. Le loup de face exhiberait le mannequin naturalisé qui le met en scène, son dos déploie la fiction et emporte avec lui la constellation des histoires.

 

Le carré magique

Le carré est le format choisi par l'artiste pour ses images. Ce choix est associé dans sa démarche à l'utilisation d'appareils photographiques particuliers : Un polaroïd d'abord, puis un appareil Rolleiflex. Enfin,explique-t-elle, mon appareil actuel se sert d'un prisme qui redresse l'image, mais j'ai toujours cette vision au carré derrière un écran, lorsque je photographie [...] sans recadrage possible. Elle est pour moi essentielle. »

C'est une forme géométrique dont la puissance symbolique a toujours été grande.

L'image photographique est bien un carré magique, un signe iconique complexe, surface plurielle, repliée sur elle-même, retournée comme un gant, de sorte que dans son espace multiple des figures apparues captent le regard et viennent jouer notre destin en le mêlant au leur – au leurre -.

La dernière image

Voici la dernière image de Remous, sa découverte bouleverse. Il semble que la quête s'arrête là – mais y avait-il une quête ? - : sur ce rivage rocheux, dans la blanche écume d'une eau tumultueuse, le loup apparaît, le poil fauve légèrement flou. Devant lui, un jeune garçon de dos est assis au bord de l'eau bouillonnante. Son buste suit une inclinaison parallèle à celle de l'animal, si bien qu'il paraît trouver un appui confiant contre la fourrure épaisse. En dépit de la violence de l'eau écumante, la scène paraît livrer un moment suspendu, plein de grâce, d'abandon et de réconfort. Le garçon pourrait sentir la chaude fourrure du loup contre sa chemise mouillée, il pourrait poser sa tête contre le flanc vivant de l'animal. – à moins que ce ne soit là encore que illusion d'optique, la masse du corps de l'animal, prodigieuse par rapport à la frêle silhouette blanche, ne peut pas se trouver sur le même plan qu'elle, forcément située plus avant du spectateur, préparant plutôt une superposition des deux personnages, leur fusion en un seul corps mythique. Ainsi, sur cette rive extrême, s'ébauche ce qui n'est déjà plus visible, un quelque chose englouti dans les remous, évanoui dans la lumière :  pour-affiche-1.jpg l'énigme de la métamorphose où les corps se changent. Vers le haut de l'image, l'eau devient lisse, son miroir gris bleu reflète l'autre rive invisible. Un fin feuillage vert est suspendu dans le coin supérieur gauche. Le loup, au terme de ce récit photographique, hisse un instant ce fragile fantôme hors de l'eau tourbillonnante. Le rameau de feuilles vertes palpite comme le signe d'une nouvelle alliance.

Ce qu'aura vu un regard disparu.

Regardant, le spectateur peut croire voir ce que voit ce l'animal de dos : l'ouvert, un espace où les signes ne sont pas encore arrimés au sens, un territoire incertain où tourbillonne une poussière blanche jusqu'à l'aveuglement.

Et dans son silence commence une histoire.

 

Cependant, la beauté de ce que l'on voit est posée au bord de l'invisible.

 

Nema Revi, extraits du livre Hélène Benzacar, éditions de La Jetée, 2011

1Hélène Benzacar, Le Polyptyque ou l'un-possible image, De l'actualité du polyptyque contemporain en photographie, thèse de doctorat de 3e cycle sous la direction de Pierre Baqué, Paris I Panthéon Sorbonne, , p.91 (désormais noté H.B., suivi du numéro de page)

2H.B., p.111.

 

Hélène Benzacar parlera de la Photographie contemporaine

en ouverture de l'exposition

à la Chapelle Sainte-Anne de Pornichet

vendredi 28 octobre à 18h30

Découvrir l'album photos d'Hélène Benzacar sur ce blog et le site de l'artiste en lien à droite de l'écran

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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 13:28

         Plus que quelques jours pour aller voir la remarquable exposition de livres d'artistes de Michèle riesenmey à la Médiathèque de Pornichet jusqu'au 15 octobre !

          Cette artiste allie un regard attentif au vivant et aux traces de son histoire qu'elle recueille sous forme de DSC08438sable, empreintes, galets pour nourrir la création d'oeuvres lumineuses aux couleurs du ciel et des marées.

 

On peut découvrir le foisonnant Carnet de voyage africain de l'artiste, dont les pages sont encore vibrantes de sons et d'odeurs par la magie du dessin et des encres, des croquis et bribes de bric et de broc récoltées en chemin. On peut lire les poèmes de l'écrivain Jean-Pierre Spilmont dans les recueils  habités par les réalisations plastiques de Michèle. On admirera les somptueux Livre des Marais créé sur le beau papier artisanal de Martine Carré. On s'attardera sur les photos que Bernard Néau a rassemblées dans des livres  rares où elles sont associées à des peintures et dessins originaux de Michèle. Et on restera saisi par les "Boîtes-Livres" de l'artiste où elle a réuni objets mémoriels, textes, fragments qui portent trace d'une émotion, d'un souvenir...DSC08439

Médiathèque de Pornichet, jusqu'au 15 octobre

 

         Et puis...

- Lecture concert au Bar de l'Estran à Sainte-Marie, vendredi 21 octobre à 21h00.

Il s'agit des textes d'une jeune femme poète, Magali Thuillier, écrits dans le cadre de sa résidence d'auteur à Rennes en automne 2009. Elle a travaillé avec un ami musicien, Thierry Petel, contrebassiste qui a cherché à accompagner avec la musique les mots de l'auteur.

 

- Exposition à L'Ancienne Criée du Croisic des oeuvres et photos de Claude Cahun

 

DSC08440L'atelier d'écriture d'IBANT a pris sa vitesse de croisière.

Il reste encore des places pour les séances d'écriture imaginative du samedi matin !

 Prochaine séance : samedi 5 novembre 10h-12h30

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Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /Mars /2010 22:34

Hélène Benzacar expose à l'Espace IBANT dans le cadre de L'Art prend l'air en Loire-Atlantique, édition 2010.

 

L'étoile du loup


La légende des Sept Dormants raconte le réveil pour quelques heures de sept jeunes Chrétiens persécutés deux ou trois siècles auparavant et endormis dans une caverne où se trouverait aussi le tombeau de Marie de Magdala, la première, selon les Évangiles, à rencontrer le Christ ressuscité. La Sourate 18 du Coran qui est associée dans l'Islam à l'attente de la résurrection, parle aussi de ces personnages qu'elle décrit endormis plusieurs siècles avant Mahomet et que la tradition confond parfois avec les compagnons du Prophète. Cette source place un chien à l'entrée des chambres funéraires. Cette figure animale n'est pas sans rappeler les kerub ailées qui gardent les sanctuaires assyriens ou hébreux, ou le chacal d'Égypte, Anubis, dieu funéraire associé à Isis veillant sur son frère mort Osiris. Isis est reconnue comme l'étoile du chien, Sothis ou Sirius. Et c'est elle qui enveloppe le corps d'Osiris mort de bandelettes couvertes d'hiéroglyphes sacrés. On peut établir un parallèle avec le chien qui accompagne la chasseresse Artémis et surtout avec Cerbère, gardien des morts, chien d'Hécate, autre figure d'Artémis aux Enfers. La tradition chrétienne situe les tombes des Sept Dormants à Éphèse. C'est là qu'en 1926 des fouilles archéologiques permirent de découvrir dans l'alignement de l'Artémision et du bois d'Ortygie - là où selon la légende grecque naquit Artémis – une crypte contenant sept chambres funéraires et une sorte de reliquaire à l'entrée contenant des ossements. L'église latine a retenu la date du 22 juillet pour la fête de Ste Madelaine - confondant Madeleine sœur de Lazare le ressuscité et Marie de Magdala - et le 27 juillet pour celle des Dormants d'Éphèse, « dates qui se retrouvent dans la liturgie d'Élie et qui correspondaient dans l'Antiquité au lever héliarque de Sirius, l'étoile du chien »1. Ces dates sont aussi celles des cultes païens célébrant la renaissance de la végétation sous l'action régénératrice et fécondante des eaux, comme la montée du Nil-Osiris que les larmes de sa sœur Isis avaient rendu à la vie, comme les larmes de Marie de Béthanie avaient intercédé lors de la résurrection de son frère Lazare.


Un chien au tombeau, la dépouille d'un dieu, le fleuve des morts, la crue des eaux fécondes, la carte céleste des constellations.

 

Tracer l'étoile du chien / du loup relève d'une poétique plutôt que d'une généalogie.

Se souvenir cependant que la généalogie est sans doute le début de l'histoire, que l'histoire commence avec la récitation d'une filiation depuis l'ancêtre lointain, quasi mythique, et en déroule la descendance. Lors, plusieurs histoires se croisent, brouillent la lignée. Une poétique serait l'espace de métamorphose des figures migrant dans les histoires.


Revenir vers ce loup que photographie Hélène Benzacar.

 

BENZACAR-02-copie-1.jpg

Le loup surgit dans l'œuvre à partir de 2002 et apparaît successivement dans plusieurs installations, jusqu'à Fleuve (2009). Parler de ce loup / Approcher ce loup : est-ce seulement possible ? Si je suis, par exemple, dans la pièce où se trouve l'une des installations, je vois des images photographiques (formant un polyptyque, elles sont trois, parfois cinq, installées dans un ordre variable suivant les différentes manifestations). Sur chacune, apparaît un loup, parfois plusieurs – ou du moins un animal que l'on identifie comme un loup - . A un endroit également variable de l'installation, se trouve quelquefois un loup – ce que je crois reconnaître comme un loup - naturalisé. Peut-être celui que je vois sur les images, mais rien ne l'assure. S'agit-il d'ailleurs toujours du même animal ? De quel loup parle-t-on ? Du loup, l'animal photographié ? Du loup naturalisé posté là ? Du loup en image sur les photographies ? Du mot qui se trouve inscrit dans le titre ?

Essayons celui-ci : l'animal naturalisé, celui dont il n'est pas sûr qu'il ait précédé la prise photographique et dont la place instable n'est pas fixée dans la lignée. Appartient-il même à la lignée ? Il n'est pas de même nature, c'est un corps volumineux dont la forme a gardé l'apparence de l'animal vivant dans la peau duquel il est fourré. Il ne fait pas partie de la série d'images parmi lesquelles il se présente. Pour une part, il fait signe vers l'animal sauvage dont il a pris quelques attributs au point de lui ressembler. Mais pour une part seulement : naturalisé, rendu semblable à l'animal vivant dans la nature, arrêté dans une posture qui donne l'apparence de la vie. Il est un produit dû à l'art des hommes, en ce sens il est aussi bien du côté des images photographiques dans l'installation.

Un loup mort, donc. Un mannequin à l'apparence de loup vivant.

Voici ce que dit Tadeusz Kantor dans un texte resté célèbre, Le Théâtre de la mort2 : « 8 "Le mannequin comme manifestation de la réalité la plus triviale. Comme un procédé de transcendance, un objet vide, un leurre, un message de mort, un modèle pour l'acteur". Mannequins et figures de cire ont toujours existé, mais comme tenus à distance en bordure de la culture admise, dans les échoppes des marchés, les baraques douteuses des faiseurs de tours, loin des splendides temples de l'art, regardés comme curiosités méprisables, […]. Mais pour cette raison, ce sont eux […] qui peuvent, le temps d'un bref regard, lever un coin du voile.[...] L'existence de ces créatures […] porte l'empreinte du crime et les stigmates de la mort en tant que sources de la connaissance. L'impression confuse, inexpliquée, que c'est par le truchement d'une créature aux fallacieux aspects de la vie, mais privée de conscience et de destinée, que la mort et le néant délivrent leur inquiétant message – c'est cela qui cause en nous ce sentiment de transgression, tout à la fois rejet et attraction. »

Isis, la magicienne, embauma en pleurant le corps d'Osiris. Lentement, à l'appel de son nom, il s'éveilla au-delà de sa mort.

A l'intérieur du loup, la dépouille d'un loup installée, exhibée en tant que simulacre du loup, dont l'effet de vivant est un effet de réel, avec ce qui s'y attache de vérité. N'est-il pas dans sa posture prêt à bondir peut-être, plus vrai que nature ? Il a bien fallu cependant qu'un loup – naturalisé ou non – soit photographié. Pourquoi pas celui-ci ? Si l'on veut poser la question de l'origine, de la scène originale qui a été photographiée, il est vraisemblable que le loup n'y est pas (un loup vivant). Le loup vivant, comme chacun sait, dévore les petits enfants. Si bien qu'on en vient à dire que seul le loup mort ici peut se reproduire, se reproduire comme tel, c'est à dire comme image, dans la série photographique et de tirage en tirage. Loin d'être présent, le loup s'est retiré. Il fait retour, mais c'est un revenant, d'avatar en avatar. Produit devenu reproductible sous d'autres espèces. Métamorphosé. Le voilà mis en jeu, présenté multiplié et pas tout à chaque coup. Comme il n'est pas facile de le saisir tout sur la surface plate de l'image, on en fait le tour, on se déplace dans le champ photographique et dans l'installation, on change de point de vue, de perspective.

Ainsi se font les histoires.

A condition tout de même d'identifier des personnages. Et le premier de tous, lui, le loup, qu'annonce le titre. Le geste inaugural de la dénomination oriente toute l'histoire.

Or, et c'est là toute l'ironie de l'histoire, il y a subterfuge. Ou supercherie – une supercherie : mot dont le sens moderne est « tromperie qui implique la substitution du faux à l'authentique » -. L'animal naturalisé que l'on voit n'est pas un loup mais un coyote. C'est donc un leurre qui est offert à ma vue. L'œil s'y est pris.

Le loup surnuméraire à première vue n'y serait donc pas vraiment ?

Je résume :

  • Il n'apparaissait que comme avatar, produit par l'art du taxidermiste, revêtu de la dépouille d'un premier mort. Néanmoins, sous ces espèces, chef- d'œuvre.

  • Cet avatar a lui-même été reproduit en images photographiques qui le présentent en partie. A moins que – aucun indice n'a permis de lever le doute - , cette série d'images dont l'ordre et le nombre même sont, par ailleurs, variables, réalisée avec un autre loup ou simulacre de loup, n'ait précédé l'acquisition de l'animal naturalisé. Le chef né de l'œuvre : mais c'est toujours ambigu, faut-il entendre le chef inné de l'œuvre ? Ou le chef issu de l'œuvre ?3

  • La descente (aux enfers ?) du loup n'est pas terminée : voici que l'avatar n'est pas même un loup. Pas même le loup auquel il ressemble. Sous le nom attribué, c'est un coyote qui ne fait pas partie de la tribu. Pas un bâtard, qui pourrait encore revendiquer la filiation et la ressemblance, mais un autre à l'inquiétante ressemblance. Un usurpateur, venu troubler une histoire de famille, a pris la place du fils naturel.

  • Si l'avatar présent dans l'installation n'est pas ce qui reste du loup, il n'en n'est pas moins ce qui s'en approche le plus. A condition que l'œil ne s'en approche pas trop. Le leurre, en terme de chasse, est ce qui permet la capture en abusant l'œil du gibier. Peut-être avais-je mal lu le titre de cette installation, de l'histoire qu'elle raconte. C'est moi qui suis là, à l'intérieur du loup. Si c'était un vrai loup, un loup vivant, ne serais-je pas moi-même dévoré ? La bête dévorante ici vidée de sa chair évite tout carnage. Ce faux fils permet à mon acharnement de voir le loup, de le voir quand-même, de l'intérieur. De voir comment on le fabrique, comment il prolifère.

Loin de prétendre m'abuser par un faux loup, l'installation, au contraire, me montre qu'en lieu de loup, il y a toujours du simulacre, pour la bonne cause.

Comment prolifère-t-il ? Non pas de façon naturelle mais par artifice.

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        1. Le loup que l'on voit sur l'image est peut-être l'animal naturalisé photographié et reproduit par tirage.

        2. Le loup naturalisé est une forme, moulée à l'image d'un loup vivant tel qu'il aura été dans la nature, et dont il porte la peau.

        3. Le loup est disséminé, mis en pièces dans des jeux de reflets qui le captent partiellement, parfois avec des effets de surimpression, parfois opacifiant ou illuminant son apparition jusqu'à l'aveuglement.

        4. Le loup est interrogé par l'œil du spectateur frustré de toute assurance sur la vérité de ce qu'il voit.


Somme toute, pour penser cette histoire, il aura suffi d'un reste : la peau de l'animal/la pellicule d'une photographie. Ce reste de l'animal mort ne le rend pas à la vie mais le rappelle (à notre souvenir). Résistance au sans fond.


Le sans fond ou la fosse commune, c'est à dire le charnier.

Isis, ma sœur, de quel amour blessé...


1Massignon Louis, Opera Minora III, cité par Jean Boquet, Les Sept dormants, apocalypse de l'Islam, p.108.

2Publié par la Galerie Foksal PSP, Warszawa, 1975.

3 Il faut dire la dette qu'a tout cet article envers Jacques Derrida, « Cartouches », in La Vérité en peinture, Flammarion, coll. Champs, Paris, 1978.

 

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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 19:54
 Les 10 et 11 avril 2010 Véronik Beaucé et Hélène Benzacar, plasticiennes, exposeront à l'Espace IBANT dans le cadre de la manifestation L'Art prend l'air en Loire-Atlantique.
On peut déjà consulter les albums photos  sur le blog d'IBANT et se rendre directement sur le site des artistes.

Une "Rencontre avec Véronik Beaucé" a été publiée sur le blog.
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 22:32

Aube d'hiver


Il fait très froid en ce moment au Pays Blanc après les tempêtes de la semaine dernière qui ont emporté les digues et inondé les marais salants. À Guérande, au cœur de cette contrée meurtrie, s'est ouverte samedi l'exposition de Christel Bruneel, Nostalgie du présent1, aux couleurs de cette terre toute pétrie de lumière et d'eau et parfois de douleur.

Christel Bruneel est peintre et graveur, son atelier se trouve au bord des œillets où se forme le sel. Les grands formats choisis par l'artiste pour cette exposition se déploient dans l'espace de la grande salle. Dès l'entrée, on est happé par un univers de clartés mouillées. Christel Bruneel n'a pas voulu, dit-elle, présenter une rétrospective. Les tableaux réunis là permettent de jalonner un itinéraire d'artiste, le titre Nostalgie du présent rend compte de ce projet. Cependant, il ne faudrait pas s'attendre à un retour douloureux sur le passé, il s'agit plutôt d'un regard depuis le présent, un regard qui accompagne le passé jusqu'au présent.

On découvre d'emblée de grands tableaux où souvent domine le blanc, peut-être un écho au nom du pays qui les a vu surgir. On ne peut pas isoler une œuvre du lieu où elle puise son jour, ses ombres, sa matière – terre, fragments de plantes, photographies des lieux semblent parfois pris dans la pâte de ces premières peintures - . Mais il serait réducteur de parler ici de thèmes. Si Christel Bruneel a trouvé dans les paysages des marais salants les motifs de ses tableaux, « motif » est ici l'impulsion, ce qui a poussé à peindre. Une rencontre a eu lieu : le quadrillage du marais, l'éclat des eaux, leur mouvement sous celui des nuages et du vent, l'entrecroisement des couleurs, les arbres sont sources d'œuvres parce qu'ils éprouvent une mythologie personnelle qui innerve secrètement tout l'œuvre gravé ou peint. Ainsi l'arbre, lignes verticales dressées, que l'on trouve à l'entrée de l'exposition, est décliné écorce, peau, croix, bourgeon jusqu'à ces magnifiques entrelacs de traits sur la vibration bleue des peintures les plus récentes. On comprend peu à peu que l'espace convient à cette artiste parce qu'elle en occupe toutes les dimensions. Une cosmogonie se donne à lire au contact des éléments, terre, eau, lumière, air. Un des mots-clés de cette exposition est le « passage », confie l'artiste, passage entre l'eau et la terre, entre la terre et le ciel, entre l'ombre et la lumière, passage comme une initiation. À cet égard, un choix d'accrochage met en valeur un des tableaux parmi les plus récents, un lacis de branches noires sur fond de terre et de lumière bleue : il se trouve non pas adossé à un mur mais suspendu au centre de la salle, devenu fragment d'espace céleste, trouée sur le dehors au cœur de l'œuvre. Et c'est très beau. Une aube d'hiver commence dans le silence.


1Exposition salle Perceval, Espace culturel Athanor, Guérande, du 6 au 19 mars 2010, de 10h à 12h et de 15h à 18h

 

Par Nema Revi - Publié dans : Des expositions
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