Hier, samedi 26 novembre, l'atelier d'écriture
était en balade dans le Pays Blanc, à Batz-sur-Mer.
Autrefois, cette terre était une île.
Le rendez-vous était pris à la Chapelle du
Mûrier, lieu probable d'un très ancien culte associé aux "vierges d'arbres". Au XVe siècle, alors qu'une épidémie ravage Batz,
la décision est prise d'édifier
une
chapelle dédiée à la Vierge. Plus tard, alors que son bateau a fait naufrage au large,
Jean de Rieux de Ranrouët implore la Vierge qui lui apparaît et le guide jusqu'à la terre ferme.
Cependant, l'origine du mot "mûrier" viendrait peut-être du mot latin 'mauria", la saumure, "murié" en ancien français, et place la chapelle dans le contexte des marais salants exploités dès le Moyen-âge.
La balade commence, en toute blancheur. Chacun est invité à glaner les blanches rencontres sur son chemin, tout en s'imprégnant des sensations qu'offre cette après-midi d'automne.
Nous descendons d'abord vers la mer pour découvrir un AMER. La pierre longue, vraisemblablement un mégalithe
installé sur le rivage à dessein, est un "amer", un repère fixe sur la rive qui permet aux marins de se repérer au cours de leur navigation.
Ce mot, au pluriel, est aussi le titre d'un recueil de poèmes de Saint-John
Perse, chaque texte, consacré à la mer, est sur la page comme un de ces repères dressés pour le lecteur...
Les participants à l'atelier reçoivent un viatique : un texte de Kenneth White, le bien nommé en la circonstance, qui s'intitule La vallée blanche "Quelques lignes, beaucoup de blanc / c'est une fin de monde, ou bien un commencement [...]"
Retour dans le bourg de Batz. La place du Garnal devant l'église St Guénolé rappelle qu'ici on
est dans une aire linguistique bretonne. Lena explique que "karnal, qui devient ar garnal avec l'article est un ossuaire en breton.
On se dirige vers la "cathédrale" une grande et belle salorge de pierres construite en 1886.
Elle donne l'occasion d'évoquer la symbolique du
sel, principe purifiacateur, conservateur et destructeur à la fois et les mots de la même famille : salade, sauce, salaire, saucisse ..., et les expressions comme "le sel de la terre", le pain et
le sel de l'hospitalité, "mettre son grain de sel,...etc. Et vous savez bien sûr que que mettre sel sur la queue des oiseaux permet de les attrapper...
On découvre des salorges en bois goudronné au fil des ruelles et on débouche
enfin sur les marais.
On va à la
recherche du blanc...
L'atelier prend le temps d'observer
et s'arrête pour prendre encore quelques notes. On parle aussi du blanc dans la symbolique bretonne et
de la reine Guenièvre.
Il est temps d'arriver à la Bouquinerie des Marais, lieu de la halte d'écriture. C'est une caverne d'Ali Baba, pleine de livres en solde.
L'accueil est chaleureux et nous gagnons une petite salle mise à
notre disposition pour nous lancer dans l'écriture. Deux propositions sont à explorer... Thé, tarte au citron ou au chocolat, l'atmosphère est studieuse et gourmande dans ce lieu qui donne
sur les marais où la nuit tombe peu à peu...
Les textes parlent d'un ancien parchemin lacunaire qui évoque un mythique Pays Blanc, noyé par l'eau et la brume et dont on ne sait plus grand chose, d'un polyptyque médiéval fabuleux peuplé d'oiseaux blancs, d'une peinture volée intitulée "Le Sel de la terre", d'un coprs embaumé caché dans les soubassements de la chapelle du Mûrier, d'un voyage nourri de sensations sur une terre contrastée et poétique... et c'est bien de cela qu'il s'agissait !
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